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4ème de couverture :   En 1968 au Canada, un enfant voit le jour dans un village reculé de la région du Labrador. Ni garçon ni fille, il est les deux à la fois. Seules trois personnes partagent ce secret : les parents de l'enfant et Thomasina, une voisine de confiance. Ces adultes prennent la difficile décision de faire opérer l'enfant et de l'élever comme un garçon, prénommé Wayne. Mais tandis que ce dernier grandit, son moi caché - une fille appelée Annabel - ne disparaît jamais complètement...

La citation de Télérama qui convient très bien à ce récit : " On a tous un roman un peu rare, un peu bizarre, totalement à part, qu'on offre à ceux qui semblent le mériter. Un livre cher qu'on partage avec les personnes dignes de confiance [...] Annabel fait partie de ceux-là."

 

Mon avis :

Magnifique. Envoûtant. Une chaleur tendre enveloppe chacun des personnages de ce livre polaire.
La vie est rude dans le Labrador, seules les sanguines airelles rouges et le caribou brun forment des tâches sombres sur la neige, la brume, et le saindoux.
Et puis il y a Wayne. Annabel. Son envie d'un maillot de bain orange à flammes pailletées. Sa naïveté sans questions. Il y a un petit garçon - petite fille qui rêve de ponts, d'enjambements. Les personnages sont tous exceptionnels, avec leurs défauts, leurs silences et leurs attraits. La douce Jacintha, la forte Thomassina, le fiable mais fermé Treadway, la gentille Wally et la peste Donna.
C'est un livre calme, apaisant même, et pourtant troublé et troublant. On le lit avec appréhension, et même un certain malaise mais aussi par curiosité. On peut ne peut pas être intéressé par le sujet voire en être rebuté, et pourtant, on trouve ici la poésie de plusieurs vies croisées autour d'un être multiple.
L'écriture est magnifique, le paysage aussi, la réflexion sur la différence / la ressemblance s'éveille comme la vie de cet être à part mais si normal pour autant.
J'aime. J'aime.J'aime . Ce livre ausi à part, je le conserve.
Coup de coeur.

Extrait : 

" A Croydon Harbour, il n'y a nulle part où fuir la luminosité d'une journée d'hiver ou l'éclat aveuglant d'une journée d'été. Nulle part où se tapir en secret dans l'ombre, en compagnie de ses rêves. Et si vous êtes en panne de rêves ou si vous les avez perdus, aucun écran argenté ne vous aidera à les retrouver ni ne vous chuchotera comment en fabriquer de nouveaux. "

 

" - On ne pourrait pas m’acheter un maillot de bain comme Elizaveta Kirilovna sans rien dire à Papa ?
- Je ne crois pas.
- Ça veut dire peut-être ?
- Je ne pense pas, Wayne.
- Même si je le voulais très fort, très, très, très fort et que je ne lui disais rien et qu’il ne le saurait jamais et que je l’achetais avec mon argent à moi ?
- Je ne sais pas si je peux me rendre complice d’une chose pareille, Wayne.
- Qu’est-ce que ça veut dire, complice ?
Jacinta revisse le couvercle de du pot de beurre de cacahuète Skippy.
- Tu es complice quand tu participes à quelque chose en secret, en le cachant à une autre personne.
- Et c’est toujours mal ?
- Ça peut l’être si tu caches quelque chose de grave à quelqu’un que tu aimes.
- Mais ça pourrait être bien, aussi ?
- Si tu le faisais pour sauver ta vie.
- Et si c’était entre les deux ? "

Citation de circonstance :Bien que différents, les sexes s’entremêlent. En tout être humain survient une vacillation d’un sexe à l’autre et, souvent, seuls les vêtements maintiennent l’apparence masculine ou féminine, tandis qu’en profondeur le sexe contredit totalement ce qui se laisse voir en surface. " Virginia Woolf1

On se quitte en musique sur cette chanson de Goldfrapp inspirée du roman :  C'est beau !

Goldfrapp - Annabel