Encore une ré-édition de "Dans la cuisine, c'est bien aussi.", mais tant pis. Je ne m'en lasse pas non plus de ce livre... Que mon père m'a d'ailleurs emprunté à son dernier passage et ne m'a pas rendu, snif ! 
Ce nom de Malavita vous dit d'ailleurs sans doute quelque chose car le Livre Malavita (tome 1) a été adapté au cinéma il y a quelques années par Luc Besson avec Robert de Niro et Michele Pfeiffer. Le film était sympa, mais sans plus. Je ne l'ai pas trouvé assez rital à mon goût, non plus que les personnages aussi subtils que dans l'écriture de Tonino Benacquista, maître es polar ! 

Bon, nous ne sommes pas là pour causer cinéma, mais livre, et ici, on s'intéresse à la suite de Malavita.

 

Malavita encore. Tonino Benacquista. 2008

             

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4 ème de couvertureOn retrouve ici les quatre héros de Malavita, l'inénarrable famille Blake. Repenti de la mafia new-yorkaise, Blake, rebaptisé Wayne, a obtenu la protection du FBI, et s'est installé en France avec les siens sous la surveillance tatillonne d'un ange gardien légèrement dépressif. L'ancien gangster a trouvé dans l'inépuisable réservoir d'anecdotes de sa première vie la matière de quelques thrillers à succès. Tout se passerait pour le mieux si la cellule familiale n'était pas emportée dans la tourmente des remises en cause existentielles... Les enfants traversent une adolescence compliquée, l'épouse fidèle a décidé de s'émanciper, et l'auteur de best-sellers, soudain seul face à lui-même, est en proie aux affres de la création littéraire. Des problèmes ordinaires, somme toute, pour une famille qui ne l'est pas... Ils seront résolus de la façon la plus diabolique et la plus hilarante qui soit.

Mon avis :
        S'il y a un rayonnage que je visite à coup sûr lors de mes excursions en librairie, c'est celui des B. Mon oeil s'arrête toujours sur ce nom-ci : Benacquista. Il éveille à moi le souvenir délicieux de Saga, le premier roman que j'ai lu de cet auteur, qui m'a dévoilé le monde déjanté des sitcoms télé et certifié que si l'on n'est pas toujours maître de son destin, on peut l'être de celui des autres, par la plume et l'imaginaire. C'était là une belle leçon de vie et de réalisme. Deux incontournables de l'écriture de Benacquista. Car cet écrivain ne se contente pas d'écrire bien, il fait frétiller d'impatience dans ses polars, genre par lequel il a débuté, il excelle dans les nouvelles, il fait rire et réfléchir dans ses romans, sur la question familiale, la culpabilité, la création littéraire. Il donne faim. Au sens strict, en nous citant à tout va des plats italiens au nom crémeux, et au sens figuré, en nous entraînant dans des aventures tour à tour, truculentes, sérieuses, anecdotiques mais authentiques, drôles.

           J'étais donc affamée le jour où ma main a pioché Malavita encore. Une minute après avoir dévoré la quatrième de couverture, je retrouvais les 4 étranges héros de Malavita et me demandais dans quoi ils s'embarqueraient cette fois-ci. Ce n'était pas de la hâte, juste une espérance terrible, parce que vraiment, avec ces 4 là, il y a de quoi s'inquiéter. Dressons sommairement un portrait des personnages tels qu'ils nous apparaissent dans le premier livre : le père, Fred, ancien mafieux repenti placé sous le programme des protections des témoins du FBI car sa tête est mise à prix par tous les capis new-yorkais et contraint de s'exiler en France. Il décide de tuer son ennui en devenant écrivain, lui l'inculte. Sa femme, Maggie, cordon bleu avant tout, cherche un sens à sa vie et le trouve dans le bénévolat. Sa fille, Belle, a prénom qui suffit à la décrire. Le fils cadet, Wayne, a une tête bien faite si bien qu'il a déjà tout appris du management et du respect par l'autorité. Pour assaisonner le tout, une chienne au nom éponyme au roman, et des G-men nostalgiques de leur continent et ne supportant pas la crème fraiche française.

         Puis voilà que 12 ans ont passé : Malavita vit encore, et cette mauvaise vie dont elle est traduction ne demande qu'à ressurgir. Belle cherche un compagnon à sa vie. Maggie a crée en ville une chaine de restauration ne proposant qu'un seul plat, mais quelle succulence que celui-ci. Wayne a une fiancée à laquelle il tait sa famille (et la réciproque) et un apprentissage à la clef. Et Fred, enfin, après avoir écrit deux volumes de ses mémoires tournés en thriller sanglant pour la publication, sèche sur le troisième et se décide à lire le premier livre de sa vie... L'histoire parait commune ? Ce n'est qu'une introduction, une mise en bouche. Un peu de douceur avant que le piquant survienne, vous râpe la gorge, vous chatouille le palais, vous apprivoise à l'écriture de Monsieur Benacquista.

« _ Quand vous prononcez les mots honnête homme, on a l'impression qu'il s'agit d'une insulte. En ce qui concerne les wiseguys, ça n'est pas tant le mot honnête qui pose problème, c'est le mot homme. Vous n'avez jamais pris le temps de devenir des hommes. Votre QI moyen est celui d'un gosse de douze ans, et tout le reste suit : le sens moral et le respect pour autre que soi. Vous représentez la quintessence de l'enfant, obsédé par la satisfaction de ses envies et sans la plus petite notion de culpabilité. Tout individu qui a le malheur de s'interposer entre vous et le coffre à jouets, est voué à une mort immédiate. Votre cruauté aussi est celle de l'enfant qui arrache les ailes du papillon pour voir comment ça fait. Parfois, il vous arrive de pleurer, vous, les durs à cuire, comme des gosses démunis devant une décision arbitraire. Et quand vos chefs vous remercient, vous êtes gonflés d'orgueil comme de braves petits flattés par des adultes. Vous n'êtes pas, Fred, à proprement parler, ce que j'appelle un homme.

_ Je m'en sors bien, sourit-il, d'habitude vous me comparez plutôt à un animal. J'en suis tout ému. Un peu de salade de fruits ? »